L'objectif principal de cette première session était d'ouvrir un champ des possibles pour des projets de type Écosystème Coopératif Territorialisé (ECT) qui répondent aux besoins des territoires et soutiennent de nouvelles activités économiques pérennes.
La session s'est articulée autour de la présentation du réseau Cocagne et, plus spécifiquement, de l'Écopôle alimentaire d'Audruicq (via une vidéo).
L'Écopôle d'Audruicq a servi d'illustration pour le développement de nouvelles activités autour de la question alimentaire. Il a été mis en évidence ce qui distingue ce projet d'un modèle classique, notamment par son modèle économique et sa trajectoire de développement. L'Écopôle est un site pilote qui combine :
La production de fruits et légumes bio (via des fermes locales et des Jardins de Cocagne).
La transformation des produits.
La distribution (paniers, restauration collective) par une plateforme appelée Terre d'Opale.
L'insertion sociale (via l'association Les Anges Gardins).
L'étude de cas a permis d'introduire les notions fondamentales du référentiel de l'Économie Fonctionnelle Circulaire (EFC) :
Sphère Fonctionnelle : Le besoin essentiel auquel le projet répond (ici, l'alimentation et le "bien vivre alimentaire").
Trajectoire / Visée : L'idée que le projet se construit par étapes successives et n'est jamais figé, évoluant vers une visée à long terme plutôt que de se limiter à un objectif de production immédiat.
Effets Utiles : Les bénéfices multiples générés par le projet (lien social, santé, soutien à l'agriculture biologique, etc.) au-delà des bénéfices économiques directs.
Coopération : Le rôle central de l'alliance et du travail entre les acteurs (associations, producteurs, collectivités, entreprise d'insertion) pour construire la solution intégrée.
Les participants ont échangé en sous-groupes autour de deux questions principales : Qu'est-ce qui a surpris ou intéressé ? et S'agit-il d'une innovation territoriale ?
Points d'Intérêt :
La coopération entre acteurs et la vision globale et intégrée du projet (de la production à la consommation).
Le fait que le projet se construise progressivement (trajectoire).
L'intégration de la santé et du lien social dans une démarche économique.
Questions et Points de Débat :
Le financement public jugé "énorme" pour initier le projet.
Le rôle exact de la collectivité dans le soutien du projet.
La faisabilité d'un tel changement d'échelle sur leur propre territoire.
La question du portage du projet (forme juridique, gouvernance).
Le caractère innovant du modèle, notamment le rapprochement entre l'Économie Sociale et Solidaire (ESS) et l'économie dite "classique".
Dominique Hayes,
président du réseau Cocagne et directeur de l’écopôle
Le Réseau Cocagne est une association à but non lucratif, qui développe et anime le réseau des Jardins de Cocagne : des fermes à vocation d’insertion sociale et professionnelle certifiées « Agriculture Biologique ».
Qu'est-ce qui m'a surpris ? ou intéressé ?
De mon point de vue, s’agit-il d’une innovation territoriale ? Pourquoi ?
Les participants ont été particulièrement impressionnés par la coopération entre les différents acteurs, qui semble être une réussite. On a souligné la vision globale et intégrée du projet, qui va de la production à la consommation, en incluant le développement économique, le lien social et la santé. Les structures d'insertion professionnelle dans le maraîchage, qui intègrent aussi la transformation et la logistique, ont été perçues comme une approche novatrice. Le fait que le projet soit adaptable et se construise progressivement a également suscité un vif intérêt.
Ce thème a généré de nombreux échanges. Pour certains, le projet est clairement une innovation territoriale en raison de la coopération entre les acteurs, notamment le rapprochement entre l'économie sociale et solidaire (ESS) et l'économie "classique". Cette collaboration est jugée rare et difficile à mettre en place. D'autres trouvent le projet innovant par sa complétude, le fait qu'il couvre l'ensemble de la chaîne de valeur, de la production à l'assiette.
Cependant, il y a des réserves. Certains se demandent si le modèle est vraiment unique en France, et donc s'il est véritablement innovant, même s'il semble réplicable. La question de l'innovation est aussi perçue comme un vieux débat, une interrogation qui revient souvent sur la table.
Ce sont des points qui ont soulevé beaucoup d'interrogations, car le projet semble être un succès "idyllique". Les participants se sont interrogés sur :
Le financement : Le montant des subventions publiques, jugé énorme, a soulevé des questions sur la politique de la collectivité et la justification de ces investissements.
Le rôle des collectivités : Beaucoup se demandent comment la collectivité a soutenu le projet, quel a été son rôle, et comment mobiliser un tel engagement financier sur de petites communes.
La faisabilité : Comment le projet a-t-il pu émerger ? Qu'est-ce qui a permis de passer à une telle échelle, et de franchir les étapes nécessitant des investissements importants ?
Le portage : On a questionné la forme juridique et la gouvernance du projet, le rôle des porteurs de projet, la propriété du terrain et le type de bail.
Certains participants ont mentionné la concurrence entre les producteurs, notamment ceux en insertion professionnelle, comme un frein à la coopération. D'autres ont fait remarquer la difficulté de la coopération, rappelant que l'engagement financier est un facteur de surprise, car il n'est pas toujours facile à obtenir. Le rôle d'une personne "moteur" dans un collectif, qui peut être à la fois un atout et un risque si cette personne vient à se retirer, a été soulevé comme un problème potentiel.
Les participants ont vu le potentiel du projet pour leur propre territoire, souhaitant comprendre comment faire venir ce type de projet chez eux. Le modèle correspond bien à la stratégie de certains groupes LEADER. L'accessibilité à une alimentation saine, via des initiatives comme les paniers solidaires, est un aspect jugé très pertinent à développer.
Dominique Dupuis, accompagnatrice EFC, dispositif COOP'Ter (ADEME)
#Sphère fonctionnelle #enjeux #effets utiles #visée #écosystème d’acteurs #externalités #processus ininterrompu par étapes #organisation réflexive #solution intégrée
Le projet présenté concerne la Sphère fonctionnelle du Bien-vivre alimentaire à laquelle sont associés des enjeux ou effets utiles
des enjeux liés à l’alimentation pour les bénéficiaires finaux : besoin physiologique, santé, vivre ensemble
et des enjeux que DH évoque en disant qu’ils les ont choisi : environnement, eau, relocalisation valeur sur le territoire…
💡A ce stade, on comprend ce qui est recherché dans ce projet mais on ne sait pas concrètement ce qu’ils ont fait et comment ils s’y sont pris.
C’est la visée.
En l'occurrence, la trajectoire n’a pas été prédéterminée mais elle s’est construite par étapes, en s’appuyant sur le réel.
Les étapes peuvent être liées à des événements ou découler du réel observé : le jardin est trop petit pour répondre à la demande de paniers; les salariés en insertion ne consomment pas les légumes qu'ils produisent ...
Elles peuvent aussi être liées à un objectif qu’on se donne de répondre à un nouvel enjeu : réduire le gaspillage alimentaire...
A chaque étape, de nouveaux acteurs ont été intégrés dans le projet ou de nouveaux métiers ont été créés : agriculteurs, ambassadeurs, mouvement des cuisines nourricières, logisticiens circuit court…. Ils forment un écosystème d’acteurs qui coopèrent dans le projet.
DH dans la vidéo fait aussi référence à des externalités, c'est-à-dire des effets non intentionnels.
Elles peuvent être positives ou négatives et peuvent être intégrées dans le projet pour préserver les effets utiles obtenus voire les étendre ou les réduire voire les supprimer.
💡Ainsi la coopération avec des agriculteurs pour compléter le jardin et répondre à la demande de paniers a amené les acteurs à prendre conscience de l’intérêt de réfléchir collectivement à la mise en culture pour mieux tenir compte des différents terroirs.
Un autre exemple concerne la légumerie, construite pour répondre à l’enjeu de gaspillage alimentaire et qui permet aussi aux agriculteurs de disposer d’une gamme plus large sur les marchés de plein vent.
On est volontairement dans quelque chose qui n’a pas de fin, un processus ininterrompu par étapes avec une organisation réflexive pour revenir sur ce qui a été réalisé et progresser.
C'est-à-dire un ensemble de services pour tenir toutes les dimensions du bien-vivre alimentaire et aller beaucoup plus loin que la filière alimentaire qui est centrée sur les produits.
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*#EFC = soutenir le développement de modèles économiques micro et méso qui prennent en charge les enjeux sociaux et environnementaux